Les chiffres à retenir
Quand on compare deux appartements à 300 000 €, l'un neuf, l'autre ancien, la facture finale fait un écart de 15 000 € rien qu'en frais de notaire. Le neuf affiche 2 à 3 % du prix FAI, l'ancien grimpe à 7 à 8 %. Sur le papier, l'avantage est net. Mais il faut décortiquer le barème fiscal pour comprendre pourquoi cette réduction ne tombe pas du ciel — et surtout, à quel moment l'ancien redevient plus malin.
Dans cette comparaison, nous allons poser côte à côte les deux régimes, chiffrer les vrais coûts — TVA comprise, frais de garantie inclus —, identifier les cas limites où le neuf perd son statut fiscal et rappeler que le prix d'achat gonflé par le promoteur peut effacer l'économie en un clin d'œil. Vous trouverez également un calcul exact, ligne par ligne, et les sources officielles DGFiP qui permettent de vérifier chaque euro.
Le mécanisme fiscal du neuf : TVA à 20 %, droits de mutation quasi nuls
Dans le neuf, la vente est soumise à la TVA immobilière de 20 % (article 257 I 2° du CGI). Cette TVA est toujours incluse dans le prix affiché par le promoteur : si l'appartement coûte 300 000 € TTC, le prix HT est en réalité 250 000 €. Le vendeur reverse ensuite les 50 000 € de TVA à l'État.
En contrepartie, les droits de mutation — appelés aussi « droits d'enregistrement » — sont réduits à 0,715 % du prix TTC (article 1594 F quinquies du CGI), soit ~2 145 € sur 300 000 €. C'est cette réduction qui explique l'essentiel de l'écart avec l'ancien.
« Le neuf bénéficie d'un taux réduit de droits de mutation parce que l'État a déjà encaissé la TVA à 20 % sur le prix de vente. » — Direction générale des Finances publiques (DGFiP), BOFiP-Enregistrement-BASE-50-20-10.
À ce montant, il faut ajouter la rémunération du notaire (~1 % du prix), la contribution de sécurité immobilière (0,10 %), les débours (environ 400-800 €), et éventuellement les frais de garantie bancaire (0,5 à 1 % si emprunt avec garantie hypothécaire). Total : entre 2,5 et 3,5 % du prix TTC selon les frais annexes. Calculez votre cas précis avec le simulateur estime.immo, qui intègre tous les postes ligne par ligne.
TVA réduite à 5,5 % en secteur ANRU
Certains programmes neufs en zone ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine) ou en accession sociale bénéficient d'un taux de TVA réduit à 5,5 % (article 279-0 bis A du CGI). Dans ce cas, les frais de notaire restent au même taux réduit de 0,715 %, et le total peut descendre à ~2 % du prix TTC. C'est l'offre la plus avantageuse fiscalement, mais elle est conditionnée à des plafonds de ressources et à un engagement de résidence principale pendant plusieurs années.
L'ancien : droits de mutation à 5,8 % + émoluments notaire
Dans l'ancien, la vente entre particuliers n'est pas soumise à la TVA. En revanche, l'acquéreur paie des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) composés de :
- Taxe départementale : 4,50 % (dans la plupart des départements ; 3,80 % en Isère, Indre, Morbihan, Mayotte).
- Taxe communale : 1,20 % (facultative, appliquée par la majorité des communes).
- Frais d'assiette et de recouvrement : 2,37 % du montant des droits.
Au total, le taux effectif tourne autour de 5,80 % du prix de vente. S'ajoutent les émoluments du notaire (~1,2 à 1,5 % selon barème progressif de l'arrêté du 26 février 2016), la contribution de sécurité immobilière (0,10 %), les débours (400-600 €). Résultat : 7 à 8 % du prix. Sur 300 000 €, cela représente ~22 000 €, dont ~17 400 € de droits purs qui filent à l'État et aux collectivités.
Les chiffres exacts par département sont publiés chaque année par le réseau des Notaires de France (Immobilier.notaires.fr) et par la DGFiP. Pour un calcul personnalisé incluant votre code postal et la présence éventuelle d'un garage, rendez-vous sur notre guide complet 2026.
Les cas limites où le « neuf » perd son avantage fiscal
Le statut fiscal de « neuf » n'est pas éternel. Dès qu'un bien a été occupé plus de 5 ans ou qu'il fait l'objet d'une seconde mutation, il bascule dans le régime de l'ancien (article 257 I 2° 1° du CGI). Concrètement :
- Vous achetez un T3 livré en 2021, le propriétaire revend en 2024 : vous paierez les frais « ancien » à 7-8 %.
- Un programme est achevé depuis 6 ans mais jamais vendu : idem, droits pleins.
- Une VEFA revendue « sur plan » avant livraison reste neuf si la première mutation n'a pas eu lieu.
L'immeuble rénové soumis à TVA : un faux neuf
Certains marchands de biens rénovent intégralement un immeuble ancien et le revendent sous TVA à 20 % (article 257 I 2° 2° ter du CGI) si les travaux dépassent les deux tiers du gros œuvre ou si l'immeuble est resté inhabité plus de 2 ans. Dans ce cas, les frais de notaire sont identiques au neuf pur (0,715 % + émoluments), mais le prix affiché inclut la TVA sur la valeur totale — terrain + travaux. Résultat : vous payez moins de droits, mais le prix d'achat est souvent majoré de 15 à 20 % par rapport à l'ancien équivalent. Lisez attentivement le compromis pour repérer la mention « prix TTC, TVA à 20 % » et comparez le m² au marché local avant de signer.
Le piège du prix d'achat gonflé par le promoteur
Économiser 15 000 € de frais de notaire perd tout son sens si le promoteur vend à 4 500 €/m² un appartement qui vaut 3 800 €/m² en ancien rénové. Sur 70 m², l'écart atteint 49 000 € — bien plus que l'économie fiscale. Or, la plupart des programmes neufs affichent une décote à la revente les 3 à 5 premières années, car le marché de l'occasion est plus liquide et moins cher.
Avant de signer une VEFA, posez-vous trois questions :
- Quel est le prix du m² en ancien dans le même quartier, à prestation comparable (parking, DPE A/B, balcon) ?
- Si je revends dans 5 ans, quel sera le prix de marché réel — et aurai-je perdu ou gagné par rapport à un achat dans l'ancien ?
- Quels sont les frais annexes : garantie de parfait achèvement (GPA), garantie décennale, frais de syndic dès la livraison, taxe foncière pleine dès l'année N+1 ?
Si le DPE du bien ancien est F ou G, il peut devenir difficile à revendre en 2026. Dans ce cas, l'écart de prix s'explique en partie par l'obligation de travaux et le coût des aides (MaPrimeRénov 2026). Mais un ancien en bon état, DPE C ou D, reste souvent plus compétitif même après travaux d'amélioration.
Tableau comparatif : 300 000 € en neuf vs ancien
| Poste | Neuf (TVA 20 %) | Ancien |
|---|---|---|
| Prix affiché TTC | 300 000 € | 300 000 € |
| Dont TVA incluse | 50 000 € (invisible) | 0 € |
| Droits de mutation | 2 145 € (0,715 %) | 17 400 € (5,80 %) |
| Émoluments notaire | ~3 000 € | ~3 600 € |
| CSI + débours | ~600 € | ~600 € |
| Total frais notaire | ~5 745 € (1,9 %) | ~21 600 € (7,2 %) |
| Garantie hypothécaire (si emprunt) | + ~3 000 € (1 %) | + ~3 000 € (1 %) |
| Coût total acquisition | 308 745 € | 324 600 € |
Écart apparent : 15 855 € en faveur du neuf. Mais si le neuf est vendu 4 300 €/m² (70 m² = 301 000 €) et l'ancien 3 900 €/m² (70 m² = 273 000 €), le coût total bascule : 309 745 € (neuf) contre 293 600 € (ancien + frais). L'ancien devient moins cher de 16 145 €. C'est ce calcul complet qu'il faut faire avant de signer.
Les frais annexes du neuf : garanties, syndic, foncier
Au-delà des frais de notaire, le neuf impose plusieurs postes :
- Garantie de parfait achèvement (GPA) : 1 an, incluse dans le prix mais souvent source de contentieux si malfaçons.
- Garantie décennale : 10 ans, assurance obligatoire du promoteur mais l'acquéreur supporte les frais de mise en œuvre en cas de sinistre (expertise, avocat).
- Frais de syndic dès la livraison : 20 à 40 €/mois selon résidence, alors qu'un petit immeuble ancien peut n'avoir qu'un syndic bénévole.
- Taxe foncière : exonération de 2 ans possible (neuf achevé post-2009, article 1383 du CGI), mais ensuite taux plein — souvent plus élevé qu'en ancien car valeur locative cadastrale recalculée.
Si vous achetez en couple et envisagez une séparation, pensez au mécanisme de soulte et de rachat de parts : le neuf peut être plus difficile à liquider rapidement si le marché local est saturé de programmes similaires.
Quand choisir le neuf, quand privilégier l'ancien ?
Choisissez le neuf si :
- Vous recherchez un DPE A ou B sans travaux, dans une zone tendue où l'ancien équivalent n'existe pas.
- Le prix au m² reste dans la fourchette du marché local (± 10 %).
- Vous comptez occuper le bien >10 ans (amortissement de la décote initiale).
- Vous bénéficiez d'un PTZ neuf (supprimé en 2024 hors zones tendues, rétabli partiellement en 2025 selon la loi de finances).
Privilégiez l'ancien si :
- Le prix au m² neuf dépasse de >15 % l'ancien rénové équivalent.
- Vous prévoyez une revente à moyen terme (3-7 ans).
- Vous trouvez un bien DPE C/D avec potentiel d'amélioration via MaPrimeRénov : gain énergétique + valorisation patrimoniale.
- Vous voulez un emplacement hyper-central où le neuf n'existe plus.
Pour un arbitrage chiffré, simulez votre capacité d'emprunt et le coût total d'acquisition (prix + frais + travaux éventuels) sur le simulateur estime.immo. Si vous êtes déjà propriétaire et souhaitez vendre pour racheter, estimez d'abord votre bien actuel pour connaître votre apport disponible.
Succession et donation : frais de notaire identiques neuf/ancien
En matière de transmission (succession, donation), la distinction neuf/ancien disparaît : les droits de mutation à titre gratuit sont calculés sur la valeur vénale du bien, quel que soit son âge. Le barème fiscal (article 777 du CGI) applique un abattement de 100 000 € par enfant en ligne directe, puis une taxation progressive de 5 à 45 %. Les frais de notaire en succession suivent le tarif réglementé (émoluments proportionnels + fixes), identique pour tous les biens immobiliers.
Si vous anticipez une perte d'autonomie, le mandat de protection future permet de désigner à l'avance le notaire qui gérera vos biens — neuf ou ancien — sans passer par une mesure de tutelle judiciaire. Cela n'impacte pas les frais d'acquisition, mais sécurise la gestion patrimoniale.
Questions fréquentes
Pourquoi les frais de notaire sont-ils plus bas dans le neuf ?
Parce que la vente est soumise à la TVA à 20 % (incluse dans le prix), et en contrepartie les droits de mutation sont réduits à 0,715 % au lieu de ~5,80 % dans l'ancien. L'État encaisse la TVA, donc il exige moins de droits d'enregistrement.
Un bien neuf revendu 3 ans après livraison garde-t-il le taux réduit ?
Non. Dès la seconde mutation, ou si le bien a été occupé plus de 5 ans, il bascule dans le régime de l'ancien avec droits pleins à ~7-8 %. Seule la première vente après achèvement bénéficie du taux réduit (article 257 I 2° du CGI).
Le prix au m² plus élevé dans le neuf compense-t-il l'économie de frais ?
Souvent non. Si l'écart de prix dépasse 10-15 % par rapport à l'ancien équivalent, le surcoût d'achat annule l'économie de frais de notaire — et la décote à la revente peut creuser encore l'écart. Faites le calcul total avant de signer.
Peut-on négocier les frais de notaire dans le neuf ?
Les émoluments du notaire sont réglementés (arrêté du 26 février 2016) et non négociables. Seuls les honoraires libres — si le notaire facture une prestation annexe (conseil, montage SCI) — peuvent être discutés. Les droits de mutation, eux, sont fixés par la loi.
Sources et références officielles
- Direction générale des Finances publiques (DGFiP), BOFiP-Enregistrement-BASE-50-20-10 — Taux réduit de droits de mutation dans le neuf soumis à TVA
- Code général des impôts, articles 257 I 2°, 1594 F quinquies, 279-0 bis A, 777 — Régimes de TVA, droits de mutation, abattements succession
- Arrêté du 26 février 2016 fixant les tarifs réglementés des notaires (émoluments proportionnels et fixes)
- Notaires de France, Immobilier.notaires.fr — Statistiques départementales des taux de DMTO et prix au m² 2025-2026